A World of Images and Sketches
Text by Francis Jolly, March 2016




The English version of the text.


Esther Hovers nous propose une sismographie artistique du paysage urbain. Dans la froideur des décors urbains nous nous déplaçons persuadés que notre présence ne laissera aucune trace visible, une invisibilité que les caméras de surveillance et autres ‘pièges à images’ ont depuis longtemps contestée voire éradiquée. Les innombrables chorégraphies urbaines que nous composons tous quotidiennement, et ce dans une totale inconscience, sont depuis des années enregistrées, analysées, interprétées. Des images sans auteur revendiqué, sans intention annoncée.
Les ‘silence on tourne’ ne sont plus de mise, il n’est pas question de se préparer, de composer. Acteurs ignorants, nous aimerions peut être savoir quels rôles sommes nous censés jouer !
Depuis plusieurs années les artistes se sont emparés de ces machines, de l’ancêtre Photomaton où nous conservions quand même une liberté d’action, aux caméras de surveillance et autres webcams éparpillées dans le monde entier. Les créateurs ont récupéré les images de ces pièges à image, les ont transformées, détournées, leur injectant ce qu’il faut de poésie, de réflexion et d’humour parfois. Ils les ont fait leurs, les signent, les revendiquent, nous permettant ainsi non seulement de nous réveiller en prenant conscience de leur existence, mais aussi de les regarder de les interpréter de nous en emparer, vengeance jubilatoire contre ceux qui voulaient justement nous les faire oublier.

Esther Hovers, jeune artiste judicieusement sélectionnée par le festival CIRCULATION(S) fait partie de ces ‘éclaireurs contemporains’ qui nous aident à comprendre les espaces dans lesquels nous évoluons, elle nous restitue une part de ces libertés que ces yeux mécaniques nous dérobent chaque jour. La série « False Positives » visible au CENTQUATRE nous parle de mouvements suspects, de comportements à risque, d’anomalies filmées et repérées au cours de déplacements dans un quartier d’affaires.
Ces ‘anomalies’ chères aux artistes justement, Esther nous les livre dans des arrêts sur image, elle les décortique, allant jusqu’à les transformer en graphiques.
Ces images, avec ces personnages (nous ?) posés dans ces architectures perdent en humanité et sont de fait suspectes, elles évoluent sur une scène au cœur d’un théâtre dans lequel l’artiste nous invite à l’observation, elles créent un décalage salutaire entre réalité et fiction photographique nous laissant entière liberté d’interprétation, tous suspects, nous le sommes aux yeux de ceux qui derrière leurs bureaux calfeutrés tentent de lire ces images avec le prisme sécuritaire.
Les autres séries d'Esther et notamment « Theatrical Interventions » nous proposent également des regards tranchants sur l'architecture contemporaines et les déplacements et postures qu'elle impose à ses habitants. Ces images posent la question de l'existence de ‘la place’, elles théâtralisent ces vagabondages urbains. Discrète metteur en scène Esther révèle les invisibles scènes que nous laissons derrière nous, esquisses de souvenirs fugaces.
Esther écrit qu’un mélange d’amour et de crainte accompagne ces déambulations dans la ville, ses images à la fois poétiques et glacées portent en elles ces deux sentiments.

Françis Jolly
Directeur de collection WorkOf
-
E-Book in the WorkOf Collection
Tribew Publishers, Paris




Unless otherwise stated, this website and all content within this site are the property of Esther Hovers and are protected by copyright and other intellectual property laws.

© 2018 Esther Hovers – www.estherhovers.com
© 2018 Esther Hovers