French Grazia
Issue 0336
Les Faux Criminels
Text by Lise Martin, March 2016





Dans sa série False Positives, la photographe néerlandaise Esther Hovers questionne l’impact des images de vidéosurveillance sur nos comportements. Ses photos, très politiques, seront exposées fin mars à Paris. Par Lise MARTIN

Normal, déviant, suspect, criminel. Notre comportement dans l’espace public est en permanence décortiqué par les systèmes de surveillance. «Les caméras intelligentes fonctionnent avec des algorithmes complexes, qui détectent toute anomalie », souligne Esther Hovers. La photographe néerlandaise de 24 ans s’est intéressée au fonctionnement paranoïaque de ces caméras, qui selon elle créent, « neuf fois sur dix, des faux positifs, c’est-à-dire de fausses alarmes ». C’est à Paris, précisément à La Défense, que l’idée de sa série a germé, au cours d’un stage auprès du photographe français Raphaël Dallaporta: «J’ai été surprise par la façon dont les codes vestimentaires et les codes de comportements étaient stricts. Comme si on attendait de tous ces gens une façon précise de se mouvoir dans l’espace.»

« UNE CHORÉGRAPHIE DE LA RUE »
L’artiste a ensuite posé son trépied dans le quartier d’affaires de Bruxelles, et a réalisé plusieurs montages à partir de ses prises de vue. L’idée ? Superposer des silhouettes considérées comme «déviantes» par les fameuses caméras: une pause prolongée, un homme courant au milieu de
la foule, un passant qui regarde par-dessus son épaule... Des dessins de ces « anomalies »
les plus typiques et des schémas représentant les parcours de ses personnages, « comme une sorte de chorégraphie de la rue », complètent la série intitulée False Positives. « Je comprends la demande et le besoin de sécurité, d’ailleurs mon travail prend une résonance particulière en étant exposé à Paris
après les attentats de 2015, concède Esther Hovers. Mais mon rôle d’artiste est de rester critique.
Cette volonté de sécurité autorise à juger nos comportements en des termes très super ciels, et transforme tout un chacun en potentiel criminel!» Cette série, qu’elle a réalisée il y a un an, a-t-elle changé sa façon d’observer les foules ? « Je suis devenue plus attentive à toutes ces potentielles anomalies. Mais je suis surtout plus consciente de mon propre comportement. Quand je prends des photos, je reste longtemps au même endroit avec mon appareil. Je pourrais vite devenir suspecte ou être jugée comme une potentielle criminelle. » Son seul et unique crime – pour l’instant – sera exposé, pour la première fois en France, à la n du mois. •




Du 26 mars au 26 juin au festival de la jeune photographie européenne, Circulation(s), au 104, à Paris (19e). Et du 25 mars au 8 avril aux éditions Tribew (41, rue de Tournelles, Paris 3e), qui éditent en parallèle un ebook consacré à la série.




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